Label numérique inclusif ?

En mars 2019, j’apprends qu’un arrêté officialise l’arrivée du label « numérique inclusif ». Il vise à identifier toutes les initiatives destinées à aider les personnes éloignées du numérique. Évidemment, ce label m’intéresse car c’est exactement le créneau sur lequel je me suis positionné.

« Ce label est gratuit et sa délivrance est assurée par l’Agence du numérique — qui est rattachée à Bercy et qui réunit les responsabilités de la mission France Très Haut Débit, du label French Tech et de la Délégation aux usages de l’internet. Peuvent y prétendre les entreprises, les associations, les établissements publics et les collectivités territoriales, si les critères d’éligibilité sont satisfaits. »

Un mois plus tard, j’arrive sur le site et découvre les critères qui sont les suivants :

  • présenter un retour d’expérience terrain avec un partenaire local (expérimentation, produit minimum viable, initiative locale…)
  • utiliser des logiciels libres et ouverts en vue de la réalisation de ses missions. Les outils développés seront partagés sur un dépôt public et devront être documentés.
  • partager le contenu intellectuel et la documentation selon une licence creative commons ou avec l’une des licences spécifiées dans l’article D323-2-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
  • pouvoir s’articuler avec d’autres dispositifs d’apprentissage ou d’évaluation des compétences numériques de base ;
  • s’adresser aux publics-cibles éloignés du numérique ou témoignant d’une stratégie de ciblage et d’acquisition de ces publics ;
  • concourir à des missions d’intérêt général.

De plus, tous ces critères sont cumulatifs. Et ça tombe bien car je coche toutes les cases ! Je décide donc de monter mon dossier, faire un retour d’expérience, de calculer le nombre de personnes touchées, de lister les différents partenaires et clients pour qui je travaille, de faire donc un bilan de mes activités. Pour ce qui est du logiciel libre et des licences creative commons, je ne pense pas avoir besoin de vous faire un dessin (surtout si vous êtes lecteur régulier de mon site).

(Toutes les informations sont disponibles sur le site Société Numérique.)

Je dépose donc mon dossier le 20 mai 2019. Entre temps je mets à jour mon site, je publie les contenus que j’ai créés, je fais une carte de mes interventions. Bref, je suis prêt.

En juillet 2019, j’envoie un message via la plate-forme interne du site pour prendre des nouvelles du dossier. Je sais que c’est les vacances mais bon… En septembre 2019, je téléphone directement pour savoir comment les choses avancent. On me répond que la personne en charge des dossiers est absente depuis un moment. Changement d’année, toujours pas de nouvelles. Entre temps, je continue de travailler, d’entrer dans de nouveaux dispositifs (je pense à Pix ou aux chèques #APTIC). J’ai même le temps de mettre à jour mon dossier (plusieurs fois) et remplacer le fichier sur la plate-forme.

À force d’attendre et de n’avoir aucune nouvelle, je commence à interpeller sur les réseaux sociaux le compte de Société Numérique. En juillet 2020, le directeur du programme, Pierre-Louis Rolle, réagit à une de mes interpellations et me contacte en message privé. Il me dit que « le label est toujours d’actualité mais nous avons prévu de le renforcer / mieux porter les futurs dispositifs labellisés. Nous avons reçu beaucoup de candidatures hors sujet (labellisation de lieux, demandes individuelles) et pas forcément de dispositifs de médiation numérique ».  Je lui réponds, lui donne mon numéro de dossier, mais pas de réaction. Mais le fait qu’il évoque le terme « dispositif » et ajoute que les « demandes individuelles » sont hors sujet me fait tiquer…

Je retourne sur le site du programme, relis l’arrêté détaillant le projet. Effectivement, on parle de « dispositif concourant à des objectifs d’inclusion sociale numérique sur l’ensemble du territoire« . Mais c’est quoi un dispositif ?? C’est trop vague ! Si je prends la définition du Larousse, un dispositif est un « ensemble de mesures prises, de moyens mis en œuvre pour une intervention précise. »

Du coup je réécris mon dossier en ne parlant pas de mon activité mais bien de mon « projet », de mon « dispositif » d’accompagnement et  de formation, à savoir mes ateliers en mode tiers-lieux éphémère. Je circule sur le territoire (en essayant de conserver une dimension locale), je forme les gens (particuliers, associations, entreprises privées, secteurs publics) éloignés du numérique et j’essaie d’augmenter leur « capital numérique » (terme qui pourrait remplacer l’habituel « fracture numérique », comme expliqué par Louis Derrac dans son article).

Nous sommes le 29 novembre 2020 (soit 1 an et 6 mois après le dépôt initial), mon dossier en est toujours au même stade. Moi qui pensais que le numérique et les dossiers dématérialisés étaient censés fluidifier les choses, j’ai dû me tromper !

Espérons que ce label soit bien « renforcé » et que quelqu’un se mette à traiter les dossiers. Sinon, ça risque de finir comme le Portail de la Médiation Numérique, site qui a été abandonné il y a déjà 2 ans. Les gouvernements successifs réinventent la roue à chaque fois, abandonnent un truc pour en pondre un équivalent qui tombe lui aussi dans l’oubli quelque temps après… alors qu’il suffit juste que les « dispositifs » existants soient maintenus.

EDIT :

Le 15 janvier 2021, après un nouveau tweet pour interpeler les acteurs responsables du Label, j’ai enfin reçu le mail qui confirme que mon dossier a été reçu et qu’il va être traité.

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