CosmoBacchus

Pour faire suite à mon premier article sur la “pédagogie” Steiner, je vous propose d’aborder plus en détails la biodynamie.

Jean-Benoît Meybeck publie en février 2018 « Lucifer », le premier tome de CosmoBacchus. Dans cette trilogie, nous suivons les aventures d’un caviste breton et son ami auteur de BD qui se lancent dans une enquête sur la biodynamie, méthode de viticulture occulte et ésotérique, mais aussi sur les dangers des pesticides pour les viticulteurs. Le deuxième tome Ahriman sort en février 2019 et le troisième, Soradt, en février 2020.

Pendant cette aventure, nos deux héros vont rencontrer un certain nombre de personnages qui vont leur en apprendre toujours plus sur la biodynamie. Les propos sont fidèlement reproduits et sourcés, et l’auteur est allé jusqu’à lire les livres de l’inventeur de la biodynamie Rudolf Steiner et de ses disciples.

C’est quoi la biodynamie ?

L’agriculture biodynamique est née en 1924, sous l’impulsion du philosophe et occultiste Rudolph Steiner(1861-1925). L’homme est connu pour être le fondateur de l’anthroposophie. Ce modèle est né en réaction à l’industrialisation de l’agriculture. La biodynamie est à la mode dans la viticulture et certains vignerons se révèlent de fervents adeptes de la pensée « steinerienne » et de ses pratiques ritualisées. Ce système de production n’est pas plus efficace que l’agriculture biologique classique. Les deux approches se distinguent par les dimensions ésotériques de l’agriculture biodynamique. On trouve des viticulteurs qui font de la biodynamie avec des préparations réalisées selon les indications de Steiner, tout en affirmant leurs distances avec le discours ésotérique de l’anthroposophie. Mais s’ils n’y croient pas, pourquoi faire tout ce travail ?

Quelques exemples de préparations :

  • Préparation 500 – La bouse de vache est enterrée dans des cornes de vache dans le sol pendant l’hiver. La corne est alors déterrée, son contenu (appelé « bouse de corne » ou « 500 ») est ensuite « dynamisé » dans l’eau pendant une heure et pulvérisé sur le sol en fin de journée
  • Préparation de pissenlit Taraxacum sect. Ruderalia (506). Elle jouerait notamment un rôle au niveau de l’acide silicique. Après avoir été exposée au soleil d’été, la préparation est enterrée pendant l’hiver, puis déterrée le printemps suivant. Le contenu du mésentère est prélevé puis inséré dans le compost

Les préparations anthroposophiques sont pour la plupart obtenues au travers d’un processus de fermentation dans des organes animaux : vessie, intestin et crâne d’animal domestique. Il existe aussi des préparations à base d’animaux incinérés, toujours utilisées sous la forme de dilutions homéopathiques.

En plus des préparations, on trouve de nombreux rituels tout aussi étranges, et qui ne reposent sur aucune étude scientifique. Rudolf Steiner donne par exemple la solution pour se débarrasser des mulots : « Si l’on capture un mulot encore assez jeune, on peut l’écorcher, dépouiller ce mulot assez jeune de sa peau. Mais il s’agit de se procurer de cette peau (…) à l’époque où Vénus est dans le signe du Scorpion. (…) Nous la brûlons, nous recueillons soigneusement le produit de la combustion, les cendres résiduelles où se trouvent en somme les éléments décomposés. (…) Et dans ce qui se trouve anéanti par le feu par cette opération, il reste la force négative qui s’oppose à la force de reproduction du mulot. Si maintenant vous répandez sur vos champs le poivre ainsi obtenu (…), vous aurez là le moyen d’écarter les mulots du champ traité. »

Maria Thun a développé, à la suite de Steiner, un calendrier qui s’appuie sur le passage des planètes, de la Lune et du Soleil devant les constellations du zodiaque pour déterminer des jours propices à la croissance de certaines parties de la plante (racine, feuille, fleur, fruit) ainsi que les travaux agricoles à effectuer (semis, soins … etc). La popularité de ce calendrier dépasse largement le cadre de l’agriculture biodynamique. La biodynamie intègre naturellement des méthodes agricoles alternatives efficaces, comme la préparation du sol sans labour, l’utilisation du compost ou la polyculture, afin de lui donner une pseudo crédibilité scientifique. En France, Pierre Rabhi est par l’un des fervents promoteurs de l’agriculture biodynamique.

Pour creuser le sujet, je vous invite à lire une interview de Grégoire Perra pour le site Agriculture-environnement.fr ainsi qu’un article du site Spokus qui condense un nombre important d’informations.

Étant sensible à l’économie sociale et solidaire, ça me gène profondément que certains organismes soient noyautés par les idées anthroposophiques. J’ai échangé avec Jean-Benoît Meybeck et il m’a répondu la chose suivante :

Difficile à dire à quel point l’anthroposophie investit toutes ces associations de l’économie sociale et solidaire. Mais elle est indéniablement présente. Ce n’est pas une raison pour s’en détourner, je dirais même bien au contraire. Pour avoir bien réfléchi à ces questions :à la base, l’anthroposophie est très présente dans l’agriculture biologique, car la biodynamie lui est antérieure. De même, l’anthroposophie est à la base de la banque la Nef, qui finance une bonne partie des projets de l’économie solidaire. Ensuite, l’anthroposophie est très “entriste” dans tous les domaines qui touchent à l’écologie, et pour elle le changement climatique est une véritable aubaine, car cela permet de recruter bon nombres de personnes. Pour autant, on ne peut pas se détourner de toutes les associations qui luttent contre le réchauffement climatique, la pollution de l’environnement ou la disparition des espèces au prétexte qu’elles seraient noyautées par l’anthroposophie. Au contraire : il faut, au sein de ces structures, dénoncer les éléments de doctrine anthroposophique qui y entrent, et essayer de les remplacer par des éléments rationnels et critiques. Il faut extirper les croyances anthroposophes dangereuses de ces associations, en les dénonçant pour ce qu’elles sont effectivement, et non se détourner de ces associations, au risque de les laisser aux mains des sectes. C’est ce que j’ai essayé de faire avec CosmoBacchus. Mais c’est un combat sans fin.

Voilà donc une trilogie de bandes dessinées très enrichissantes, qui rend compréhensible assez facilement la biodynamie et toutes les idées farfelues qui tournent autour, tout en montrant bien à quel point la société (et pas que l’univers du vin) est attaquée par les idées des anthroposophes.

CosmoBacchus, ou comment sensibiliser les gens autour de vous, en buvant un p’tit coup !

Petit plus : si vous commandez vos livres directement sur le site de l’auteur, vous aurez le plaisir d’avoir des superbes dédicaces.

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